Thomas
Auriol

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@thomas_auriol_

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Rosewall est projet de création, qui confronte ma peinture à de nouvelles images, et plus particulièrement celles issues du monde des sports glisse. Débuté en octobre 2017, ce projet bénéficie du soutien de la DRAC Bretagne (aide individuelle à la création).
J’aimerais faire un bref détour afin de préciser la place de l’image des sports dits de glisse dans la société : la photographie et la vidéo ont jouées un grand rôle dans le développement de ces sports, les nouveaux types de relations à l’espace (urbain, montagneux, maritime, etc) et l’exploit physique ont poussé les riders à capter leurs acrobaties. Ces sports étant non encadrés, rien n’est fixe : ni les horaires, ni le lieu de pratique et il n’existe ni entraineur, ni coach; on progresse en regardant les autres en direct, ou à la maison en décortiquant leurs vidéos au ralenti. Les riders se filmant entre eux en amateur, l’arrivée du numérique a instauré le fait que se filmer commençait à faire partie intégrante de la pratique sportive. Des jeux vidéos se sont d’ailleurs basés sur ces nouveaux sports en visant plutôt le côté spectaculaire de la discipline. Les stars de ces sports de glisse se sont retrouvées mises en scène dans des univers réalistes et ont contribué à populariser le skateboard, le surf, le snowboard, etc. Au fil des siècles, les instruments de vision et de captation (camera obscura, lentilles, appareil photo, caméscope) ont transformé le regard à leurs époques respectives. Aujourd’hui, l’arrivée des caméras embarquées (petites caméras légères et étanches que l’on peux fixer partout sur le corps) a permis de brouiller les frontières entre le réel et le virtuel en enregistrant notamment ce que voit le rider. Dans les deux cas de figure, face aux écrans, le spectateur appréhende différemment le paysage.
Le contenu narratif de ces productions est souvent maigre, il revient généralement sur le thème de la quête de la vague parfaite, du tricks impossible, de l’homme face à la nature hostile. C’est cette tension entre le superficiel et le romantique que je veux observer et extraire. Je souhaite me focaliser autant sur les aspects anecdotiques qu’essentiels à cet univers, à savoir le paysage, la météorologie, la mode, le nom des figures, etc. Avant de me plonger dans cette liste sans fin, je vais m’appuyer sur une voie déjà ouverte par Peter Lanyon (1918 - 1964), un artiste anglais, aiguillé par pratique du vol à voile vers l’abstraction. Il s’est adonné au vol libre à un moment où cette activité avait encore un caractère pionnier. Peter Lanyon est décédé suite à un accident de planeur en aout 1964. À cette époque la majorité de la population européenne n’avait eu d’expérience du vol (même motorisé). Nous avons tous maintenant un ami qui a pris un avion pour sauter en parachute et qui, bien entendu, a filmé ce moment.
L’idée de ce projet est d’aller dans un premier temps en Cornouailles pour voir une partie des œuvres de Peter Lanyon, exposées à la Tate Saint Ives et de voler en parapente sur de proches falaises. Ces moments de vol me permettront d’avoir une approche plus intime du paysage et du travail de cet artiste.
Considérant ce séjour comme un voyage d’étude, je prendrai des notes, des croquis d’objets, de paysages, des esquisses faites après un vol. De retour à l’atelier, je m’appuierai sur ce travail de dessin réalisé à main levée dans un carnet de croquis ou sur tablette où les différentes formes s’entrechoquent pour tenter d’alimenter une séquence. Ces ensembles, de par leur qualité molle et altérée, renverront à la temporalité des images mobiles. Je prendrai appui sur ces croquis hésitants pour entreprendre le travail de peinture. Lors du passage du papier ou de l’écran à la toile, je prendrai soin d’entretenir cet état légèrement instable qui caractérise ces dessins. Le facteur de perturbation qui est à l’oeuvre dans chaque esquisse peut-il être transposé à différentes échelles ? Comment traiter la lumière et la couleur lors de ce transfert ? L’irrégularité de la ligne, les transparences, et autres discontinuités sont autant d’éléments que je placerai sur le même plan que l’image source, c’est pourquoi la peinture sera déposée en une couche lisse et homogène. Le tableau semblera fini mais l’image qui la composera sera incomplète. J’utiliserai cet effet et j’en abuserai pour faire transpirer la peinture d’évocations de lieux, d’objets et d’ambiances. C’est ce traitement légèrement voilé de l’image qui me permettra de convoquer le mystique et le contemplatif mais aussi de faire écran pour patiner par moment dans le dérisoire qui borde l’univers des sports de glisse. J’aimerais continuer à emmener la peinture sur ce territoire flottant, c’est pour cela que je souhaite poursuivre cette recherche d’artifices séduisants que j’aperçois en nombre dans la culture (au sens large du terme) des sports de glisse.